septembre 14, 2020

Sous le ciel des hommes – Diane Meur

Avec Sous le ciel des hommes, Diane Meur livre un texte raffiné, intelligent, et légèrement déroutant. Armée d’une plume feutrée, l’autrice belge entrelace les destins de ses (trop) nombreux personnages dans une danse aussi réjouissante que réfléchie. Elle signe un roman philosophique et intemporel, et parvient, malgré quelques longueurs, à embarquer le lecteur dans son sillage. Chronique. 

Le problème, songe Ghoûn en se laissant insensiblement aller contre le dossier tant ses épaules lui pèsent, le vrai problème, le seul problème en fait, c'est de se sentir déjà mort et de devoir continuer à vivre.

Sous le ciel des hommes, exactement

Le grand-duché fictif d’Eponne ne l’est peut-être pas tant que ça. Toujours est-il que ce petit état qui régente les marchés boursiers est aussi prospère qu’inégalitaire. Épicentre géographique de l’Europe, ce petit pays sent le chou, et sur les berges du lac qui surplombe sa capitale, les destins se font et se défont, dans le brouillard et dans l’indifférence du ciel, qui continue sa course sans se soucier des hommes en bas. 

Des destinées, Diane Meur en fait sa spécialité. Il y a d’abord Jean-Marc Féron, reporter à succès, qui capitule face à l’insistance de son éditeur : il accueillera chez lui Hossein pendant quinze jours. Hossein est un migrant, lardé d’un éternel sourire et d’une bonne humeur qui semble inébranlable. 

Et puis, il y a Jérôme et son groupe d’écriture, en pleine rédaction d’un pamphlet : Critique de la déraison capitaliste. Aussi utopiste qu’inopiné dans un état où la finance règne, la petite troupe recréé un monde à échelle humaine, un monde où le matérialisme et la surconsommation ne sont plus érigés en valeurs absolues. 

Et puis, dans les destins qui se font sous le ciel des hommes, il y a Ghoûn, Sylvie, Sémira, Bob et tant d’autres. Peut-être trop, d’ailleurs. La multitude de protagonistes dépeints par Diane Meur a ceci de rebutant qu’elle peut perdre le lecteur dans une foule où il reconnaît tout le monde, où il oublie tout. Le trop-plein de protagonistes agace malheureusement, au détriment de la justesse et de l’humanités des portraits brossés par l’autrice. 

Diane Meur et l'art de la slow-littérature

Dès les premières pages, le style dénote. Sous le ciel des hommes est un roman au raffinement rare, atypique et intelligent. Diane Meur se fait l’instigatrice de la slow-littérature : pas de péripéties, d’élément déclencheur ou de rebondissements chez elle. Dans une ambiance brumeuse et feutrée, l’autrice décrit, philosophe avec distinction et malice ; elle conte les destins ordinaires. Si certaines longueurs apparaissent, ce n’est que pour mieux souligner le propos du texte. 

Sous le ciel des hommes est un roman chorale, un roman qui donne la même voix aux nantis et aux réfugiés, aux extra-libéraux et aux anticapitalistes. Il y a plusieurs niveaux de lecture chez Diane Meur, qui signe un roman pointu et humain. 

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