octobre 14, 2020

Des savons pour la vie – Harry Crews (1995)

Des savons pour la vie Book Cover
Des savons pour la vie Littérature américaine Gallimard (Série Noire) Trad. Nicolas Richard 304

Résumé éditeur :

Cela fait vingt-cinq ans que Hickum Looney vend du savon au porte à porte. Vingt-cinq ans qu’il fait le concours de vente et voit la Cadillac, le voyage à Disney World et les 2000 dollars en cash lui passer sous le nez au profit du chef, un horrible nabot à bec-de-lièvre qui a créé sa société, il y a juste vingt-cinq ans. Mais cette année, grâce à Ida Mae, il gagne. Comment aurait-il pu se douter que c’était le début de l’enfer ?

J’avais noté le nom d’Harry Crews quelque part dans un vieux carnet, il y a plusieurs années. De fil en aiguille, j’en étais arrivée à l’oublier, jusqu’à ce que je ne tombe sur ce roman par hasard, au détour d’une bouquinerie désuète. Vous qui êtes curieux de découvrir le bonhomme, de grâce, ne commettez pas la même erreur que moi : tournez-vous vers un autre titre. Si j’avais pris la peine de me renseigner avant de foncer abrutie vers le rayonnage branlant, j’aurai refréné mon empressement. Des savons pour la vie (1995) est l’un des derniers romans de l’écrivain, et ce n’est vraisemblablement pas le plus représentatif de son œuvre – et encore moins le meilleur.

Des savons pour la vie : voyage en absurdie

Hickum Looney est représentant en savonnettes : il crapahute de porte en porte sur le bitume brûlant de Miami pour remplir son carnet de commandes. A la tête de la société pour laquelle il travaille, sobrement nommée « Des savons pour la vie », il y a Le Chef. Affublé d’un bec-de-lièvre outrageant, c’est un petit homme possédé, qui a sur sa firme l’emprise d’un gourou. Son manifeste, c’est Le Manuel de Vente, qui est sensé permettre aux employés de refourguer leurs savons à n’importe qui. Art dans lequel Hickum excelle, sans pour autant parvenir à égaler le record des ventes, détenu par Le Chef en personne – jusqu’au jour où le colporteur rencontre Ida Mae. La vieille femme va permettre à Hickum de remplir non pas un, mais douze carnets, et ainsi d’envoyer valser la performance du Chef. Malheureusement pour lui, la vanité de son patron est sans limites, et les emmerdes commencent pour le représentant désabusé.

Harry Crews, une plume piquante pour un roman manqué

Bienvenue en absurdie. Harry Crews signe un texte rocambolesque, à la limite du surréalisme. L’écrivain, qui a travaillé dans les années soixante-dix pour Playboy et Esquire, cingle l’Amérique profonde et ses dérives consuméristes, tout en jonglant entre cynisme et grotesque. Le premier tiers du roman est tordant, les situations sont aussi loufoques que les dialogues truculents. Pourtant, tout se gatte. Malgré une plume attachante, piquante et éruptive, Des savons pour la vie manque cruellement de substance, et s’égare en son propre sein. On finit par prendre la pudeur déplacée d’Hickum Looney en grippe, l’intrigue se perd dans des travers trop fantasques, la chute a ce goût amer d’un cheveu trouvé au fond d’une marmite tiédasse.

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