janvier 20, 2020

Salina les trois exils – Laurent Gaudé

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Qui est-elle, la femme hirsute qui erre dans les dunes, veillée par les hyènes et les étoiles ? Qui est Salina, corps volé au prix d’un amour refusé ? Qui est-elle, la femme aux trois fils, l’héroïne aux trois exils ? 

Elle est l’enfant du désert, nourrisson apatride déposé aux portes du village Djimba par un mystérieux cavalier. Avant même d’être nommée, elle portait en elle l’amertume salée des larmes. L’enfant devient Salina dans les bras de Mamambala, celle qui l’adopte et en fait sa fille. En grandissant, elle découvre l’amour dans les yeux de Kano, qu’on lui refusera. Comme un affront de plus, elle est offerte en épouse au premier né du chef du village. Elle est donnée et abusée, et la vengeance en elle s’enracine, la vengeance qui sourdre et se fait mantra. Exilée après la mort de son mari, Salina ne se nourrit plus que de cette rage assoiffée, de cette haine qu’elle porte à bout de bras. L’errance faite de sel et de sable que fut la vie de Salina est contée par son troisième fils, Malaka, qui raconte la vie de sa mère dans la barque qui conduit enfin la dépouille de celle-ci vers l’apaisement et le repos. À travers les mots de son enfant, Salina prend sa revanche sur le monde, et la pestiférée devient mystique.  

“Tout est à venir” 

Conte merveilleux, texte sacré et magique, Salina, les trois exils est l’adaptation romanesque par Laurent Gaudé de sa pièce éponyme. Dans un récit amer et splendide, il se replonge dans les traditions qui ont nourri La Mort du Roi Tsongor. Les esprits ancestraux qui guident la plume de l’auteur couvent le texte, toujours à mi-chemin entre l’épopée et l’incantation. Dans ce roman de l’inachevé puis de l’apaisement, Gaudé se fait conteur. Il y a parmi ces pages inoubliables l’implacable violence du récit, le sang dans le regard et l’amertume d’un corps bafoué. Il y a l’errance et la vie qui renaît, la beauté des récits oubliés et la poésie dans chaque mot.  

Sous la plume de Gaudé, elle est Salina au goût de sel, Salina au goût de larmes, qui doucement roulent sur les joues et viennent s’écraser entre les mots majestueux et enragés de ce conte mystique.  

Elle est Salina comme une incantation, inlassablement répétée, portée par le sable et le temps, comme un murmure qui jamais ne se tait, jamais ne se soumet. 

 

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