juin 14, 2020

Parlez-moi d’amour – Raymond Carver

Souvent auréolé d’une étiquette d’écrivain minimaliste, Raymond Carver (1938-1988) est de ceux pour qui les mots sont comptés. Partisan du mot juste, n’en déplaise aux amateurs de fioritures, il aura consacré l’intégralité de sa carrière littéraire à la nouvelle et à la poésie. Il disait d’ailleurs à ce propos que “dans un poème ou une nouvelle, on peut décrire des objets parfaitement triviaux dans une langue on ne peut plus banale, mais d’une grande précision, et doter lesdits objets d’une force considérable, et même confondante.” Qui peut le moins peut le plus ; et toute la puissance du style Carver s’embrase. Parlez-moi d’amour est le troisième recueil de l’écrivain, publié aux Etats-Unis en 1981, celui qui le propulsera sous le feux des projecteurs, en l’adoubant maître incontesté de la short story.

Les dix-sept nouvelles compilées dans ce recueil font entendre les histoires des émargés du rêve américain, elles font éclore la terrible lassitude de ceux qui sont restés sur le quai. Les personnages sont formidablement ordinaires, nimbés de désillusion et de mystère, en quête perpétuelle d’un bonheur idéal qui semble systématiquement les devancer. Carver décrypte l’insondabilité des rapports humains, il passe au crible les passions ordinaires qui secouent des vies dramatiquement banales. Étrangement détaché, l’auteur a la syntaxe évasive mais incisive. Entre monotonie et lassitude, il devient l’alchimiste de l’ordinaire ; sous sa plume le néant devient enchanteur.

Carver réussit le coup de maître de faire de la littérature de l’insignifiant un art premier, du minimalisme un style magistral. L’écrivain, qui a marqué toute une catégorie d’écrivains, notamment Richard Yates, a révolutionné l’art de la nouvelle en faisant du quotidien sordide et du silence désespérant un laboratoire d’expérimentation stylistique ; il y trouva d’ailleurs probablement une exorcisation cathartique à sa propre histoire. Celui qui lit Carver se retrouve forcément dans ses lignes, confronté malgré lui à son propre vide, et il refermera le recueil tout étonné d’avoir été percé à jour, un peu amer, un peu usé, profondément marqué.

Parlez-moi d'amour  Book Cover
Parlez-moi d’amour Raymond Carver Nouvelles Editions de l’Olivier Disponible en poche aux éditions Points 180 pages http://www.editionsdelolivier.fr/catalogue/9782879296609-parlez-moi-d-amour

Résumé éditeur :

Raymond Carver a quarante-trois ans lorsque Parlez-moi d’amour paraît aux États-Unis. L’éditeur Gordon Lish, qui est alors un des gourous de la scène littéraire new-yorkaise, a déjà fait publier plusieurs de ses nouvelles dans le magazine Esquire. Voyant en Carver la promesse d’un immense écrivain, il s’est emparé de son manuscrit et l’a réduit de moitié. En quelques années, Carver devient une des stars de la littérature américaine. Il rafle tous les prix, enseigne à l’université et exerce sur une génération entière d’écrivains – aux États-Unis comme à l’étranger – une influence décisive. Il suffit d’ouvrir Parlez-moi d’amour pour que la magie opère à nouveau. Une fois encore, ce style si dépouillé qu’il en devient presque invisible fait résonner des voix désormais familières : un homme sans mains, une femme divorcée et son ex-mari, quatre pêcheurs surgis du néant, personnages ordinaires nimbés de mystère, illustrations parfaites de ce « réalisme des lointains » qu’invoquait la grande Flannery O’Connor. Par-delà les années, en dépit des aléas de la comédie littéraire, ce livre continue d’illuminer de sa beauté énigmatique les dernières décennies du XXe siècle.

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