mai 31, 2020

Mourir la nuit – Anne-Cécile Huwart

Anne-Cécile Huwart, journaliste indépendante qui se définit elle-même comme généraliste, signe avec Mourir la nuit un témoignage édifiant sur les coulisses de la justice fédérale belge. Autorisée à suivre pendant cinq ans deux affaires menées par les équipes de la DR6 (la Crim’ bruxelloise), elle livre un texte aux airs d’ovni, entre polar et compte-rendu d’enquête chirurgical, texte atypique et frustrant qui lui permet néanmoins de se faire une place de choix dans le genre de la littérature du réel.

Plongée immersive

Deux corps sont découverts le même jour à Bruxelles. Le premier, Jephté Vanderhoeven, est retrouvé dans son appartement cossu, présentant des signes évidents de torture. Le second cadavre est celui d’un sans-abri polonais, découvert aux abords de la place Rogier, en plein cœur de la ville. Deux équipes de la DR6 sont en charge des dossiers, tentant malgré le manque de moyens de faire la lumière sur les circonstances sordides qui ont abouti au décès des deux hommes. La journaliste sera présente à chaque étape des instructions judiciaires, jusqu’au rendu du verdict dans les deux affaires.

Si les dossiers sont diamétralement opposés, de par le statut social et les motivations des protagonistes, ils ont cependant en commun de mettre en exergue l’errance de l’âme humaine lorsqu’elle est brisée. L’alcool, la drogue et la violence semblent avoir un détonateur dépourvu de barrières sociales. Que l’on vive à Uccle ou à Saint-Josse, lorsque la vie est brisée et que l’on se retrouve en marge de sa société, il n’y a plus guère d’échappatoire.

Si l’on peut reprocher à l’auteure de nombreuses longueurs dans son récit, on ne peut en revanche que louer la rigueur de son écriture, rigueur qui se révèle notamment dans les compte-rendus d’auditions. Dénouée de toute forme d’implication, elle donne la parole aux victimes, mais également aux suspects. La détresse est abordée par Anne-Cécile Huwart sous un angle scientifique, la jungle de la rue est décortiquée minutieusement, pendant que l’instruction judiciaire prend son temps. La mort devient sociale, la détresse aveugle et absolue.

Mourir la nuit n’est pas un polar, ce n’est pas un texte de fiction. Et pourtant, j’ai refermé cette enquête au long cours avec un sentiment de frustration teinté d’un certain énervement. Il m’a manqué l’aboutissement, j’ai encore dans la bouche cet arrière-goût d’inachevé. Comme si l’auteure n’avait pas été au bout de son propos. Ce texte aseptisé, refusant toute forme de sensationnel, semble rater son dessein. Il a l’amertume féroce des tirs cadrés qui sont déviés au dernier instant.

Mourir la nuit Book Cover
Mourir la nuit Récit journalistique Onlit éditions 250 pages https://www.onlit.net/products/mourirlanuit

Résumé éditeur :

Un matin de février, deux corps mutilés sont découverts à Bruxelles : celui d’un SDF dans un parking, puis celui d’un nanti dans son appartement. La commissaire Natacha Barthel arrive sur les lieux. À ses côtés, une journaliste autorisée à couvrir les deux enquêtes. Ça sonne comme un polar. Sauf que tout est vrai ! Anne-Cécile Huwart livre le récit de cinq années de reportage sur les pas de la Crim’.

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