septembre 21, 2020

Les effets pervers – Martin Gagnon

Les effets pervers est un texte plus noir que noir. Âmes sensibles, fuyez, vous vous égarerez dans des chemins de traverse aussi obscurs que fascinants, et vous risqueriez d’y laisser quelques fragments de votre âme. Véritable OVNI, le premier roman de Martin Gagnon ne ressemble à aucun autre. Dérangeant et unique, Les effets pervers ne souffre d’aucune comparaison. S’il semble facile de le mettre en corrélation avec American Psycho, de Bret Easton Ellis, l’analogie est réductrice. Certes, les deux œuvres nous plongent dans la psyché trouble de meurtriers de sang froid, mais Les Effets Pervers va au-delà de la simple narration. Il souffle sur le texte de Gagnon un vent philosophique, absolu. 

Les psychologues (…) ne peuvent plus ignorer que la liberté est ma passion, et que je tue pour me prouver à moi-même qu’il n’y a aucune raison de faire une telle chose.

Martin Gagnon et le thriller philosophique

Il se présente comme le “premier tueur en série de l’histoire du Québec”. Il est le narrateur glaçant des Effets Pervers, celui qui tue par liberté, parce qu’il peut aussi ne pas le faire. Le personnage de Gagnon est fin philosophe, admirateur de Descartes et de Wittgenstein ; son démon est obsédant. L’assassin frappe sans distinction femmes, enfants, vieillards, avec la même barbarie, absolue, bouchère. Et avec le même détachement. Toute sa démarche meurtrière repose sur un alibi philosophique : il tue pour être absolument libre. Pour s’affranchir de ses chaînes terrestres.  

(…) “l’instinct du tueur” constitue le trait le plus caractéristique des grands philosophes, et qu’à ce titre il est permis de les considérer comme des “nettoyeurs” pour qui toute solution valable à un problème prend nécessairement la forme d’une dissolution. À leurs yeux, résoudre équivaut à éliminer.

Les descriptions des meurtres sont si crues, si atroces, qu’elles frisent l’inacceptable. Il semble que Martin Gagnon cherche à pousser le lecteur dans ses retranchements. Es-tu capable d’endurer ça, de te plier à ma plume et de me suivre en enfer ? Une plume qui a l’économie érudite. Les effets pervers se lit d’une traite, le cœur au bord des lèvres, les sangs glacés. Stoïque dans son canapé, n’osant esquisser le moindre mouvement, le lecteur devient proie, animal traqué par il ne sait quel prédateur venu de l’abysse. 

Tout compte fait, c’est moins l’égoïsme qui motive mes doutes à propos du suicide que la crainte de commettre une erreur métaphysiquement irréparable.​

Les effets pervers, glaçants

Les effets pervers est un roman intrinsèquement malsain, et profondément addictif. Il a l’ambivalence perverse : le lecteur se surprendra à développer une fascination nauséabonde pour le personnage créé par Martin Gagnon. Le récit est suffisamment bien construit pour que l’on se prenne à ne faire qu’un avec le narrateur, comme si l’on avait laissé le démon s’infiltrer dans les recoins de notre cerveau ; comme s’il s’était insidieusement emparé d’une partie de notre âme. L’étrange imprégnation opérée par la plume acérée de Gagnon se mue en un magnétisme morbide, détestable et incontrôlable. Indépendant de toute volonté, que l’on a servie en pâture à l’auteur, qui signe un roman inoubliable ; profondément infernal. 

SHARE THIS STORY
COMMENTS
EXPAND
ADD A COMMENT

Défiler vers le haut