octobre 16, 2020

Les anges n’ont rien dans les poches – Dan Fante (1996)

C’est pour lui que j’écris, que je noircis du papier. Puisse-t-il se vendre et faire savoir au monde qu’il faut lire mon père, grand écrivain, poète, sublime et beau dans sa perdition.

Dan fante – les anges n’ont rien dans les poches
Les anges n'ont rien dans les poches Book Cover
Les anges n’ont rien dans les poches Littérature américaine Editions 10-18 Trad. Léon Marcadet 190

“Très honnêtement, j’ai craint le pire, pour au moins deux raisons. Primo, parce qu’un enfant qui chausse les bottes paternelles çà ne marche pas, çà s’écroule. Et secundo, parce que à tout prendre mieux vaut avoir pour géniteur Dumas le débonnaire que Fante le rageur. J’aurais eu tort de m’en tenir là. Car Dan Fante a su chasser les fantômes tout en hurlant son envie de vivre. (…)

Comme avec John Fante, il n’est pas un mot de son fils que l’on aimerait gommer, corriger, tout à la force de la confession des damnés.

Sublime ! Comme tous les livres nés dans la douleur . Et l’échec.”

Gérard Guégan, Sud-Ouest

Vous avez probablement déjà entendu parler de John Fante, mais connaissiez-vous son fils, Dan ? C’est un pari risqué que de se lancer dans l’écriture alors que son paternel est une figure emblématique de la littérature américaine des années quarante. C’est d’ailleurs tout le propos du premier roman de Dan Fante, Les anges n’ont rien dans les poches. Hymne au père, à l’amour manqué ; aux à-côtés et aux non-dits que l’on regrette, ce texte d’autofiction permet à Dan Fante de sortir éclatant de l’ombre – du père.

Les anges n’ont rien dans les poches : et puis tuer le père

Bruno Dante est au bord du gouffre. Alcoolique chronique, dépressif en puissance, suicidaire à ses moments perdus, il ne compte plus que sur l’amertume du mauvais rouge pour survivre. A bien des égards, ce paumé éthylique rappelle Dan Fante. De retour à Malibu pour assister aux derniers jours de son père, et comme pour fuir la réalité moribonde, Dante se lance à corps perdu dans une fuite poivrote, avec pour compagnons d’infortune une prostituée bègue et un chien au bout du rouleau. La plume de Dan Fante est aussi trash que sensible. Son alter ego romanesque suscite chez le lecteur dégoût puis attachement, de l’acidité du récit se dégage l’envie de lacérer les pages pour tendre la main vers cet ivrogne inconstant ; puis de se passer la mimine au lance-flamme pour désinfecter tout ça.

Dan Fante, une plume unique

Si le pari de Dan Fante était d’en finir avec le poids accablant de son héritage, le défi est relevé. Du récit décomposé de l’errance d’un homme en mal d’amour, il impose un style vif et percutant. Ses personnages sont éclopés, tordus, en marge du monde. Les anges n’ont rien dans les poches est un règlement de compte de son auteur avec lui-même ; au bord du précipice il atteint le sommet d’un art difficile, celui de l’authenticité teintée de pureté. La lecture s’achève tremblante, et fébrile comme après une mauvaise cuite, on repose le roman avec le sentiment lancinant d’avoir découvert un grand auteur, un grand nom unique dans le paysage littéraire américain. Si les anges n’ont rien dans les poches, mis à part quelques billets froissés et une flasque à moitié vide, il y a chez les cupidons déchus de l’amour à revendre, et de la poésie pour tenir debout.

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