juillet 22, 2019

La Goûteuse d’Hitler – Rosella Postorino

1943, Krausendorf. Hitler, obnubilé par la crainte d’être empoisonné, réquisitionne dix femmes. Dix goûteuses, qui, au péril de leur vie, préserveront la sienne. Parmi ces femmes, il y a Rosa. Rosa, dont le mari est parti au front, Rosa qui a dû quitter Berlin et ses lumières pour la grisaille de la Prusse Orientale, Rosa qui tente de survivre. Happée par le régime nazi, la jeune femme à qui l’on a pas laissé le choix en devient actrice, elle se retrouve garante malgré elle de la pérennité du IIIème Reich. Pendant deux ans, Rosa et ses congénères assureront à Hitler la sécurité alimentaire, en risquant la mort à chaque nouveau plat, à chaque nouvelle bouchée.

Dans un roman magistral et profond, Rosella Postorino dresse le portrait de ces femmes, partisanes convaincues ou simples objets du pouvoir, de ces dix anonymes qui ont partagé le contenu des intestins d’Hitler, qui se sont oubliées pour lui. En racontant Rosa, l’auteure raconte leur quotidien, leurs querelles et leurs craintes, leurs espoirs et leurs hontes. Mais en racontant Rosa, elle raconte surtout Margot Woelk, celle qui est à l’origine de ce récit. Margot Woelk a testé les plats d’Hitler de 1943 à 1945, elle était l’une de ces dix femmes en sursis perpétuel. R. Postorino découvre en 2014 l’histoire de cette Allemande, aujourd’hui décédée, et se met en tête de raconter son histoire.

Margot devient donc Rosa dans une biographie haletante, qui emporte le lecteur aux confins de l’âme humaine, dont l’ambivalence fondamentale est questionnée au fil de l’intrigue. En effet, si Rosa ne s’est rendue coupable d’aucun crime, si elle n’a pas pactisé avec les SS, il est délicat de l’ériger en victime du régime d’Hitler ; sa participation passive et son silence tacite tendent à lui prêter un rôle de complice silencieuse. Noyée dans le tourbillon nazi, elle est prise dans ses filets, et en devient malgré elle partie prenante. Au-delà de cette honte qui sommeille en elle, Rosa n’en oublie pas d’essayer de vivre, toujours hantée par le poids de sa faute, de son silence, habitée par le désir de (re)devenir femme.

Postorino explore et questionne le sentiment de culpabilité, elle le dépeint dans toute sa complexité, dans toute son universalité, sans jamais poser de jugement, sans jamais sombrer dans la moralisation déplacée. La jeune auteure italienne signe avec La Goûteuse d’Hitler un récit brillant d’humanisme, un texte brûlant de vie et le portrait délicat d’une femme aux prises avec son époque.

Un grand roman.

 

La Goûteuse d’Hitler est paru chez Albin Michel en 2019.

Traduction : Dominique Vitto

400 pages, 22 euros.
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