juillet 10, 2019

Les Inéquitables – Philippe Djian

Systématiquement, il me faut le lire. Si ce n’est jamais un évènement à proprement parler, la sortie d’un roman de Philippe Djian est toujours quelque chose qui titille mon âme de lectrice. C’est inexplicable, ça n’a aucune raison profonde, aucun sens, pas même l’auréole de la rareté car l’écrivain signe quand même avec Les Inéquitables son trentième roman. Mais voilà, sans pouvoir poser un diagnostique sur cette étrange pulsion qui m’attire irrémédiablement vers Djian, je suis bien obligée d’admettre mon côté monomaniaque. Car, chaque année, au moment de la parution de son nouveau texte, je file chez mon libraire pour me procurer le dernier né de l’auteur. Et chaque année, c’est la déception. Chaque année, je referme l’opus avec amertume, en me promettant de ne plus refaire l’erreur.

Philippe Djian, ou l’éternel retour des choses.

Marc s’est installé chez Diana, la femme de son frère, après la mort de celui-ci. Il la protège, de manière presque animale, des autres et d’elle-même. Cependant, lorsqu’il trouve sur la plage des paquets échoués, contenant une quantité importante de drogue, les passions se déchaînent et les vraies natures se dévoilent. Jetés au cœur d’un tourbillon violent, Marc et Diana évoluent parmi d’autres personnages sombres et dérangés, qui se révèlent au fil de l’intrigue. Les portraits sont brossés efficacement, les thématiques malheureusement redondantes. Si l’écriture de Philippe Djian reste, après toutes ces années de création littéraire, toujours aussi incisive, les thématiques quant à elles perdent de leur mordant, elles lassent et laissent de marbre.

C’est vrai, il te faut bien admettre, Louise, que l’auteur que tu as porté aux nues en découvrant 37°2 le matin, que tu as adulé pour son Maudit Manège, celui-là même que tu érigeais comme un monument inaliénable de la littérature française, le grand Philippe Djian, est un peu fatigué. Elle est loin, l’époque épique des Sotos, roman publié en 1993 et qui reste selon moi le chef d’œuvre de l’écrivain. Elle est loin l’époque où l’on faisait de lui l’héritier francophone de la Beat Generation, le fer de lance d’une nouvelle littérature. Alors que d’autres ont su se réinventer, évoluer et s’inscrire dans leur temps, Djian est resté bloqué par l’image sombre et tourmentée véhiculée dans ses œuvres de jeunesse. Et malheureusement, il tourne en rond. La recette qui faisait sa force s’est usée, il l’a tournée et retournée dans tous les sens pour finalement la banaliser, l’affadir.  Ainsi, on retrouve dans  Les Inéquitables tous les topos chers à l’écrivain. La mort, la violence et les basses passions humaines sont au rendez-vous, les destins des protagonistes se font et se défont dans un cocktail dévastateur. Philippe Djian promène sa plume et ses habitudes au fil d’une trame glauque, très visuelle, presque cinématographique. Et malgré tout, le lecteur n’embarque pas, il reste à quai, simple spectateur à qui il a manqué l’étincelle, le feu littéraire qui dévore et qui fait vibrer.

Les Inéquitables est paru chez Gallimard en 2019. 168 pages, 17 euros.
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