mai 10, 2020

Dieu rend visite à Newton – Stig Dagerman

Stig Dagerman, suicidé de la société 

Il faut lire Stig Dagerman à cœur ouvert, sans craindre de se faire envahir par la mélancolie et la grisaille hivernale. Il faut le lire comme on lit les poètes maudits, les auteurs révoltés et damnés, ceux dont on ne peut dissocier le destin de l’œuvre. 

L’écrivain suédois né en 1923, syndicaliste dès son plus jeune âge, fervent anarchiste et dépressif chronique, rencontre le succès littéraire en 1945 grâce à son premier roman, Le Serpent. Il écrira pendant quatre ans des textes qui l’érigent en fleuron de la littérature scandinave, décrivant d’une plume presque naturaliste les affres de l’après-guerre. Ses œuvres impitoyables traduisent la fracture sociale qui déchire la Suède, elles disent la pauvreté qui ravage les campagnes, la jeunesse qui rêve de liberté et l’alcoolisme qui ronge les foies ; enfin elles disent la lourdeur du ciel et celle des âmes. Dévoré par ses fantômes, Dagerman met un terme brut et inexpliqué à sa carrière en 1951, avant de se suicider quatre ans plus tard, à l’âge de trente-et-un ans. 

Dieu rend visite à Newton

Dieu rend visite à Newton rassemble neuf nouvelles écrites en 1948. Ce recueil confronte le lecteur à ses propres démons. Tout le monde en prend pour son grade : ceux qui veulent noyer leur culpabilité, et ceux qui veulent oublier leur solitude, les enfants délaissés et les femmes oubliées. Ceux qui meurent dans les campagnes et ceux qui rient dans les villes. Ceux qui ont peur de mourir, et ceux qui se battent avec la vie. 

La beauté des mots pour dire la détresse

Grâce à son verbe sensible, Dagerman dit la morosité et le désespoir profond de la société suédoise. La prose est merveilleuse, enivrante comme l’eau-de-vie qu’on cache sous les manteaux, la veille des enterrements. Sous sa plume presqu’enfantine, la détresse devient muse, le lyrisme se fait mélancolique. Et si les thématiques de fond sont ténébreuses, le style est lumineux, remarquable. Souvent détaché, Dagerman est toujours pertinent : aucun mot, aucune virgule, aucune respiration n’est de trop. La précision de l’écriture et l’humour grinçant permettent de sortir la tête de l’eau, d’entrevoir une éclaircie entre les lignes grises. Et ce que l’on retiendra peut-être de ces nouvelles, finalement, c’est l’innocence heureuse de l’enfance, les espoirs d’ailleurs et les sourires naïfs des gamins qui n’ont pas encore été broyés par une réalité écrasante. 

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