février 19, 2020

Casco Bay – William Tapply

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Casco Bay de William G. Tapply (ed. Gallmeister)

Casco Bay est le deuxième volet des aventures de l’amnésique fantasque Stoney Calhoun. William G. Tapply signe avec ce roman un polar contemplatif, un peu hors des sentiers battus, qui se situe à mi-chemin entre le thriller et le récit naturaliste. Servi par un style affûté, ce roman hybride à parfois tendance à se perdre dans des digressions méandreuses qui desservent une intrigue pourtant rondement menée.

Chronique

 Le retour de Stoney Calhoun

Casco Bay, c’est une enclave perdue au fin fond du Maine, dans le nord-est des États-Unis. Stoney Calhoun, enquêteur hors pair qui s’ignore, y a posé ses valises il y a sept ans, après que la foudre l’ait frappé et que ses souvenirs se soient envolés. Il y mène un existence paisible de guide de pêche, occupé à confectionner des mouches, à vendre du bois et à préserver la quiétude de son quotidien rythmé par la nature. Stoney, frappé par la foudre, donc, mais également par la grâce de la belle Kate Balaban, gérante d’une boutique d’articles de pêche et amante de l’amnésique heureux à ses heures perdues. C’est au cours d’une partie de pêche matinale que Calhoun découvre un corps calciné sur une île déserte de Casco Bay. Peu de temps après, le client qui l’accompagnait est retrouvé mort à son tour. Les cadavres s’accumulent autour de notre pêcheur à la mouche, qui navigue à vue dans les eaux troubles de la baie et qui se retrouve, un peu malgré lui, affublé de l’insigne de shérif adjoint. Nul besoin d’avoir lu le premier tome de la saga (Dérive Sanglante, toujours chez Gallmeister) pour apprécier les nouvelles pérégrinations de Calhoun.

Un polar aux allures de roman naturaliste

L’intrigue policière se mêle chez Tapply à la grande tradition du nature writing initiée par Thoreau et perpétuée par de grands noms de la littérature américaine tels que Jim Harrison, Edward Abbey ou plus récemment Pete Fromm. L’enquête se pare des couleurs automnales, des feuillages qui rougeoient et de la tranquillité d’une vie au fil de l’eau. Ainsi, elle sert de prétexte aux descriptions de paysages grandioses et sublime un train de vie en accord avec la nature. On en viendrait presque à envier Calhoun, qui malgré ses souvenirs envolés, semble trouver son rythme entre sa cabane dans les bois et son bateau, Calhoun le pragmatique dont l’existence calme est soudain troublée par une série de meurtres.

Le nature writing au détriment du polar

Au fil des découvertes macabres qui s’entassent, des dépouilles carbonisées et émasculées et des personnages hauts en couleur, le lecteur est embrigadé dans une enquête sordide conduite efficacement par l’auteur, qui tend cependant à trainer en longueur au détriment d’un dénouement trop abrupt et pourtant prometteur. Si la trame fait mouche, la forme est un peu délaissée, car les descriptions magnifiant la nature alourdissent ce roman, qui semble ne jamais réellement se positionner, tantôt thriller, tantôt récit naturaliste. William Tapply puise la force de son texte dans la caractérisation des protagonistes, attachants par leurs ambivalences et rafraîchissants par leur spontanéité. Casco Bay reste un polar efficace et divertissant, un texte frais qui, sans être un coup de cœur, mérite d’être découvert. 

 

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Casco Bay de William G. Tapply est publié chez Gallmeister, et traduit par François Happe.

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