août 23, 2020

Aux vagabonds l’immensité de Pierre Hanot – CHRONIQUE

Aux vagabonds l’immensité de Pierre Hanot revient sur l’épisode dramatique qui ébranla la cité messine dans la nuit du 23 juillet 1961. Après un coup de cœur pour L’Affaire N’Gustro, de J-P. Manchette, j’étais curieuse de découvrir sous un autre angle un roman qui prend également racine dans les violences exacerbées de la guerre d’Algérie. Malheureusement, le premier texte de Pierre Hanot, s’il est édifiant, manque de rythme, s’essouffle en laissant dans son sillage un lecteur un peu amer, sur sa faim. 

La nuit des paras

Metz, juillet 1961. Un régiment de paras est rapatrié d’Algérie en urgence, les bonshommes sont remontés, le doigt sur la gâchette, le poing bien serré autour de leurs matraques. La poudrière armée ne demande qu’un prétexte pour exploser, pour cogner et cracher leur haine dirigée vers tout ce qui n’est pas français ; pour tromper l’ennui. Pendant ce temps, Noureddine monte sa baraque à saucisses, Christiane s’émoustille d’une idylle naissante, et Jean-Marie fredonne du Johnny Cash derrière son comptoir. Le FLN s’organise à Metz, et on danse sur la piste du Trianon quand vient le samedi soir.

Toutes ces vies, comme tant d’autres destinées, volent en éclat au cours d’une nuit, une nuit pour tout détruire, une nuit de représailles et de violence déchaînée. Le soir du 23 juillet, les paras sont lâchés, tels des molosses abrutis par l’odeur du sang. Ils s’abattent sur la ville, avec une seule idée en tête : punir les Arabes. Protégés par une police silencieuse, le régiment transforme la tranquille ville lorraine en une zone de non-droit, un no man’s land dans lequel la barbarie n’a d’égale que l’infamie. Le FLN riposte, et Metz se transforme en zone de guerre. 

Pierre Hanot et le rythme bringuebalant

Roman chorale, Aux vagabonds l’immensité enchaîne de brefs chapitres, tranches de vies qui se font et se défont jusqu’à l’explosion connue et qu’on attend soudaine, brutale. L’accumulation de ces voix, qui sonnent une mélodie apaisée avant la tempête, n’a pas l’effet escompté. La tension peine à monter, elle s’épuise avant d’échoir comme une baudruche vidée de son air. La faute probablement à un trop plein de personnages, qui se croisent et dont on devine rapidement qu’elles seront de près ou de loin frappés par la boucherie. 

La violence inconcevable traitée par Pierre Hanot dans ce premier roman est envisagée sans parti, elle est dans les deux camps. L’auteur a préféré traiter le sujet sous un angle impartial, factuel. Chirurgicalement implacable. Malheureusement, je ne suis jamais vraiment rentrée dans le récit, je l’ai lu d’un œil détaché, sans parvenir à m’impliquer. Il manque à ce roman l’émotion, la fougue et l’emportement. 

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