août 24, 2020

Au pays des barbares, Fabrice David – CHRONIQUE

Hier soir, pendant que mon mec vociférait comme un buffle face à l’écran cathodique dans lequel s’agitait une vingtaine de gugus en short et à la chevelure improbable, j’ai dévoré le deuxième roman de Fabrice DavidAu pays des barbares. Je vous parlais il y a quelques temps de l’importance des rendez-vous en littérature. En voilà un qui tombe à point nommé. Fabrice David est journaliste et chroniqueur à Téléfoot, mais également écrivain de romans noirs bien sonnés, sombres et désabusés. Son premier texte, L’homme gris, est paru aux éditions Black-Out en 2015, permettant à son auteur de se faire un petit nom dans le milieu.

Je n’ai jamais accordé au ballon rond qu’une indifférence placide, et craignant l’avalanche footballistique redondante, j’ai entamé ma lecture avec un certain a priori. A priori a posteriori évincé d’un tacle habile, puisqu’Au pays des barbares est un roman noir efficace, aussi absurde que désenchanté. Chronique.

Deuxième tabouret. Prénom : Moïse. Rôle : pilier de bar. Hobby ou passion : supporter numéro un du Sporting Club Awoise-Gelle. (...) Je suis supporter jusqu'au bout de mes tripes. (...) Les gros cons disent que c'est pathétique de vivre par procuration. Je ne les écoute pas. Parce qu'ils ont raison, ces gros cons.

Au pays des barbares, le supporter absolu

Quand un pilier de bar prêt à tout pour que son équipe de CFA2 ne soit pas reléguée s’entoure d’obscurs coreligionnaires avinés pour échafauder un plan insensé, l’issue ne peut être que rocambolesque. Ou dramatique. Ou les deux, au choix. Toujours est-il que Moïse, supporter inconditionnel du SCAG, un club ardennais au bout du rouleau, est déterminé à retourner l’arbitre de la rencontre fatidique, coûte que coûte. 

C’est dans un QG un peu miteux, L’Ardennais, que la fine équipe dresse son plan d’attaque. Chacun a sa place, chacun son tabouret. Il y a le Nîmois et son nez fracassé, Jarne le Belge en cavale, Etienne et ses dérives. Toute la clique de bras cassés se ligue autour de Moïse pour que le club échappe à la relégation ; pour ne pas que le hooligan tranquille perde son unique raison d’être. 

Et puis, un peu plus loin de la frontière belge, il y a Annie et Magguy. Annie la dominatrice qui protège sa compagne d’elle-même ; Magguy qui tente de se reconstruire après le traumatisme qui l’a ravagé et plongé dans une inextricable dépression. 

Le puzzle se construit autour de ce pays des barbares, de cette terre ardennaise un peu laissée sur le carreau. Les éléments se mettent en place et s’emboîtent pour faire d’une sordide histoire de corruption une épopée extravagante et un brin amère.

Il se sent exister. Comme moi. On a des choses à prouver, ici, au milieu de la forêt. Se prouver qu'on peut faire quelque chose de nos dix doigts. La vie nous considère comme perdus ? On va lui montrer. On n'est pas que des piliers de bar.

Fabrice David, l'homme au maillot noir

Au pays des barbares est un vrai roman noir. De ceux qui sentent la misère, la désuétude et les illusions perdues. Fabrice David livre un texte qui reflète la déchéance dans l’absurde, qui fait d’un presque rien saugrenu un miroir pathologique.

 La syntaxe est laconique, l’auteur ne s’encombre pas de fioritures stylistiques et préfère frapper droit au but. Le texte est rythmé, les rebondissements aussi improbables que cocasses. Et pourtant, derrière un humour grinçant se cache le spectre d’une misère qui prive les égarés de rêves, un néant qui fait vivre par procuration. 

Indéniablement, ce voyage au pays des barbares fut une très belle surprise. 

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