septembre 7, 2020

Africville, Jeffrey Colvin – CHRONIQUE

Africville est un quartier d’Halifax, qui fut fondé au XIXème siècle par des esclaves aux multiples origines. Détruite en 1960, cette communauté sert de cadre et de protagoniste à Jeffrey Colvin, qui signe avec Africville un premier roman décevant, porteur de grandes ambitions, mais qui pêche par la forme. Chronique.

La saga d’Africville, et les travers du genre

Africville est une saga historique qui prend pour ancrage la communauté éponyme. Trois générations se succèdent sous la plume de Colvin. Il y a d’abord Kath Ella, dans les années trente. Kath Ella qui rêve d’émancipation et qui refuse son destin. La jeune femme quitte Africville pour suivre ses études, en faisant fi de sa condition de femme Noire. Elle rencontre l’amour, l’amour tragique mais lumineux, qui fera d’elle une mère. Dans les années soixante, Colvin s’éloigne d’Africville, et installe Etienne, le jeune fils de Kath Ella, en Alabama. Lui qui a la peau si claire qu’il peut se faire passer pour un Blanc est écrasé sous le poids de son héritage. Incapable de prendre part dans la lutte pour les droits civiques, Etienne n’appartient à aucune communauté, il est de partout et de nulle part. C’est ce tiraillement viscéral que Walter, dernier maillon de la fresque familiale, découvre, après la mort de son père. En tentant de reconstituer son héritage, il découvrira les affres endurées par sa famille pour tenter de survivre dans une Amérique ségrégationniste, contre vents et marées.

De nombreuses thématiques sont abordées dans Africville, les problématiques de l’héritage familial et de l’appartenance étant prédominantes. Malgré un questionnement nécessaire et actuel, l’intérêt du texte est noyé par un trop plein de personnages, peu aboutis dans leur construction, qui écrasent ce roman au lieu de l’enrichir. Colvin tombe malheureusement dans les travers du registre, il se perd et entraîne son public avec lui, dans un tourbillon qui épuise la moelle de l’oeuvre.

Colvin, plume incertaine

La construction d’une fresque historique est un exercice ô combien périlleux. Rares sont les auteurs qui réussissent l’exploit d’écrire l’histoire d’une famille sur plusieurs générations sans trébucher sur les écueils de la narration. Jeffrey Colvin n’est pas de ceux-là. Africville prend la forme d’une succession de moments de vie. Le récit se base sur des anecdotes, et s’oublie un peu, malgré un travail de documentation considérable. Ce roman pourtant prometteur est servi par un style propre et sobre, mais il lui manque ce qui fait pour moi la quintessence de la littérature : la vie et l’émotion.

Livre chroniqué dans le cadre d’une Masse Critique de Babelio. Merci à eux et aux Editions Harper Collins pour l’envoi de ce livre.

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